"Quand tu as eu ton accident, c'était comme si son monde s'était écroulé. Il a réellement été traumatisé, à tel point que notre médecin l'a autorisé à manquer les cours une semaine, le temps de se reposer. Après ça, il est retourné en cours, sans enthousiasme bien sûr. Tous les jours, il est venu te voir pour te raconter ce qu'il se passait à l'école ou à la maison. Il aimait beaucoup te parler d'une certaine Tiphany. Une fille qui avait profité de la place vacante pour venir s'installer à ses cotés. Il ne l'appréciait pas. Visiblement elle essayait de le séduire, ce qui l'horripilait. Il te racontait la moindre des ses tentatives en espérant t'énerver ou te faire rire, je ne sais pas. Quoiqu'il en soit, il n'a jamais manqué une seule visite et il restait le plus longtemps possible. Quitte à ce que les infirmières le poussent dehors. Son niveau scolaire a légèrement diminué mais après un an, voyant que tu ne te réveillais toujours pas, il a finit par se remettre à étudier sérieusement. Même si cela faisait cliché, il disait qu'il deviendrait médecin pour trouver le moyen de te faire revenir parmi nous. Au fond de lui, il espérait que ce ne soit pas nécessaire, que tu repredrais connaissance bien avant qu'il n'ait fini ses études. Mais le temps a passé et, comme les autres, il a bien fallu quitter le lycée pour l'université.
C'est à partir de cette période que ses visites à l'hôpital ont diminué. Il est parti étudier à la capitale qui était à un peu plus d'une heure de train d'ici. Il revenait à la maison tous les week-end et tous les week-end, il passait te voir. Il t'apportait des fleurs et se rependait en excuses. Oh, il lui arrivait aussi quelque fois de s'énerver. Mais ce n'était pas vraiment contre toi, c'était contre la vie en générale, contre ce qu'il estimait être une injustice. Quand il était encore au lycée, il t'avait même juré de retrouver celui qui t'avait renversée. Je crois que c'est vers lui qu'allait réellement sa colère.

Et puis, un jour, il l'a rencontrée, Sofia. Une femme adorable. Au début, il nous en parlait comme étant une amie mais on voyait bien qu'elle comptait beaucoup plus que cela. Il culpabilisait à l'idée de tomber amoureux d'une autre que toi mais les années passaient et tu étais toujours inconsciente. Alors, petit à petit, on l'a poussé à aller vers elle. Il fallait qu'il aille de l'avant, qu'il passe à autre chose, tu comprends ?
Je sais que vous vous aimiez énormément mais, avec le temps, ça ne devenait plus qu'une amourette d'adolescents. Il faut nous comprendre, c'est notre fils et son bonheur compte plus que tout à nos yeux. Et les chances pour que tu ouvres les yeux semblaient infimes à cette époque là. Une fois qu'il a accepté l'idée qu'il devait vivre pleinement pour lui, tout est allé très rapidement. Cela faisait six mois qu'il étudiait à l'Hedl et qu'il la côtoyait lorsqu'il nous a enfin annoncé qu'il comptait se jeter à l'eau, lui avouer son amour. Et il a bien fait car depuis, ils ne se sont plus jamais quittés. Tu ne dois probablement n'en avoir gardé aucun souvenir mais elle est venue te rendre visite très souvent. Elle avait catégoriquement refusé que Jules coupe les ponts avec toi sous prétexte qu'il l'aimait. Elle savait à quel point tu comptais à ses yeux.

Au bout de trois ans, leur diplôme en poche, ils sont partis s'installer à l'étranger, en Australie. Elle a trouvé un poste d'enseignante et lui une place d'infirmier dans l'hôpital local. Nous ne les y avons rejoins qu'en de rares occasions, la distance géographique étant un frein important. La première fois, c'était pour leur mariage. Ils ont fait ça sur la plage. C'était un cadre très romantique.

Les fois suivantes, nous y sommes retournés pour voir notre petite-fille. Et la dernière fois, ce fut dans des circonstances tragiques. C'était il y a maintenant un an, à l'enterrement de Sofia. La pauvre a été emportée par un cancer foudroyant. On a détecté sa maladie très tard mais, une fois le diagnostic établi, son état de santé s'est dégradé à une vitesse folle.
Bref, nous nous sommes installés en Australie pour aider notre fils à préparer les funérailles et à s'occuper de Tamara. Nous sommes revenus habiter dans le quartier seulement cette année. Et avec tout ce qui s'est passé, nous n'avons pas immédiatement pensé à reprendre contact avec ta famille. Voilà, je pense que je n'ai rien oublié. Jules est encore là-bas avec sa fille, il a dit qu'il pensait revenir au pays mais il n'a pas précisé quand. Il faut encore qu'il quitte son boulot, qu'il preste ses semaines de préavis, qu'il trouve une autre école pour Tamara, qu'il remplisse les papiers nécessaires, ce genre de choses."











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